Taïwan est bien plus qu’un point de tension géopolitique. Malgré sa petite taille, l’île figure parmi les acteurs majeurs du brevet mondial et sa pratique de la veille technologique mérite l’attention des professionnels de l’information. Un rapport récent de l’Office taïwanais de la Propriété Intellectuelle (TIPO) sur les systèmes de propulsion des drones en offre une illustration concrète : méthodologie rigoureuse, visée opérationnelle immédiate, ancrage dans les enjeux d’indépendance technologique.
Malgré sa petite taille (36 200 km2, 24 millions d’habitants), Taïwan occupe une place de premier plan dans le monde du brevet. Le TIPO a reçu en 2025 51 000 demandes de brevet, à mettre en perspective avec les 16 800 demandes nationales françaises reçues par l’INPI la même année (chiffre OMPI), la France étant un pays quasi 3 fois plus peuplé que Taiwan.
Les drones, d’abord utilisés pour la reconnaissance militaire, se sont rapidement diffusés dans de nombreux domaines : applications commerciales, industrielles, agricoles, logistiques, télécommunications ou encore loisirs. Leur diversité de formats, de capacités et de missions en fait aujourd’hui un moteur de transformation industrielle et sociétale. Toutefois, leurs performances (autonomie, capacité d’emport, adaptation à l’environnement, efficacité des missions) dépendent avant tout de leur élément central : le système de propulsion.
Ce rapport ne se limite pas à cartographier le paysage des brevets, car il ne s’agit pas ici seulement de dresser un état des lieux sur un sujet donné, d’analyser le paysage des brevets, d’explorer les trajectoires technologiques, avec les principaux acteurs et leurs forces et faiblesses.
En effet, il formule des préconisations. des préconisations concrètes pour renforcer l’indépendance technologique de Taïwan sur un sujet directement lié à sa défense. La visée est donc explicitement opérationnelle. Une section couvre les politiques des principaux pays actifs (Taïwan, États-Unis, UE, Japon, Corée du Sud, Chine continentale), avec pour chaque zone les principales entreprises actives sur le secteur, indépendamment de leur politique brevet. Autre originalité : 25 pages sur 200 sont consacrées aux bases scientifiques et techniques des systèmes de propulsion, ce que l’on rencontre rarement dans les rapports produits de ce côté-ci de la planète, et qui rend le document accessible aux non-spécialistes du domaine.
Un chapitre très détaillé est consacré au cheminement qui conduit à la stratégie de recherche, qui est traditionnelle, c’est-à-dire basée sur des mots-clés et des codes de classification. Ce cheminement commence par la définition de 7 catégories et 13 sous-catégories techniques (figure 1).
La recherche est effectuée sur la base de données interne du TIPO (GPSS pour Global Patent Search System, 以全球專利檢索系統) et sur Derwent Innovation ; elle est limitée aux demandes de brevet déposées jusqu’au 31 mai 2025.
Déjà abonné ? Connectez-vous...
